DÉMARCHE

Ma pratique artistique s’échaffaude autour de la mise en oeuvre de projets expérimentaux, volontaires et excitants. Je préconise un art multifacette qui se manifeste dans un désordre interdisciplinaire difficile à documenter.  Je m’adonne simultanément à plusieurs activités hétéroclites, parfois flottantes et/ou fictives. Mon approche est spirituelle. J’estime le pouvoir de la confusion : je crois que c’est un excellent point de départ pour réfléchir. En adoptant une attitude créative basée sur la curiosité, l’ambition et l’absurdité, je génère des occurrences dont les formes finales sont souvent ambigües et déstabilisantes pour l’imagination. Consciente de la valeur conceptuelle du risque et de la démesure, je prône des initiatives artistiques déraisonnables, troublantes, ainsi que des méthodologies qui perturbent les standards techniques et administratifs.

Je fais une utilisation décalée et perméable des médiums artistiques. Par une ribambelle de stratégies numériques et artisanales, je recherche des esthétiques hétérogènes et tente de souligner la rareté des choses. J’affectionne le collage, les bugs, la vidéo, l’archivistique, le bricolage bébé lala, la programmation, les blagues, le hacking, l’écriture, la capture d’écran, le discours, Internet et la réutilisation. Je mène une réflexion éthique et philosophique sur les phénomènes d’accumulation et sur l’idée de se servir de ce qui existe déjà. La transfiguration est au coeur de ma démarche car elle me permet de créer parallèlement à l’intention de « ne rien produire ».

Je suis attentive aux poésies furtives et aux conjonctures qui me font WOW. Ma position élastique me permet d’œuvrer selon un processus inclusif et maléable. Je ne suis pas une spécialiste. Je négocie l’impermission. Je rotationne les espaces. J’invente de grands événements. Je ne suis pas concise. Je pousse la cohérence à l’extrême lorsqu’il est question d’invraisemblable. Les projets qui m’enthousiasment sont ceux qui naissent d’idées résolument douteuses, ceux qui parodient l’excès, ceux qui donnent chaud à l’ordinateur.

Je travaille avec mes amis. Sensibles à la précarité des systèmes, des conventions et des circonstances qui nous encadrent, nous sommes soucieux-se d’en illustrer une vision hérétique par le biais d’initiatives débridées. Les pratiques collaboratives dans lesquelles je m’investis sont énergiques, téméraires, diligentes, inusitées. Travailler ensemble nous permet de développer une intelligence collective et aventurière.

Je suis engagée dans une direction à la fois allégorique et critique. J’invente et je mets en marche des machines, des interfaces et des univers parallèles qui fonctionnent, à l’image de ma vision du monde, de façon paradoxale. Je me plais à mettre de l’avant les choses qui ne se peuvent pas, les marches à suivre complexes qui aboutissent là où il n’y a rien et l’étude de tous nos gestes. J’ai de l’admiration pour ceux et celles qui maintiennent leur pratique au sein de l’insaisissable et du vertigineux. Par la contiguïté de l’habituel et de l’extraordinaire, je bricole du virtuel et je programme des assemblages qui sont en perpétuel renouvellement. Je scénarise et performe la construction de mes œuvres dans des espaces éphémères où désinvolture et questionnements existentiels se juxtaposent. L’art que j’aime est celui qui perturbe ce qu’on croit impossible, qui élargit l’imaginable.

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